24/09/2009

L'orthographe en question. Société.


François de Closets a écrit un bouquin (ce n'est pas le premier et en principe je l'aime bien cet homme) dans lequel il règle ses comptes avec une discipline qui l'a fait souffrir dans sa jeunesse. Notre langue et ses subtilités seraient, selon lui, trop dures pour la moitié de la population. Et c'est trop inzuste, comme dirait Caliméro. Il insiste notamment sur le fait que la très grande variété et complexité de notre vocabulaire lèsent les personnes dépourvues d'une bonne mémoire.
 
Heureusement qu'il n'est pas né Chinois ni Japonais. Apprendre tous ces idéogrammes l'aurait perturbé davantage. Effectivement quand on n'a pas une bonne mémoire, il faut bûcher, apprendre les mots par cœur en les écrivant, en les réécrivant. On apprend les règles de grammaire, de conjugaison, il y a du vocabulaire à l'école, toutes choses faites pour nous apprendre la langue correctement ce que la majorité d'entre nous est parvenue à faire jusqu'à aujourd'hui!
 
En sport, nous sommes nombreux à avoir du mal avec les barres parallèles, fixes ou asymétriques. Dame Nature ne nous a pas tous construits sur le même moule. Pourtant, je suis aujourd'hui certaine qu'avec davantage de volonté et de travail étant petite , j'aurais pu en faire beaucoup plus que je n'ai fait en gym. Eh oui, c'est du boulot, le sport, l'orthographe mais aussi les maths ou les sciences quand on n'est pas spontanément doué pour. Faudrait-il simplifier ces matières, allons-nous nous contenter de 2+2=4 et supprimer le 2X2=4 à la demande de D'Ormesson qui a mal assimilé ces matières?

Du reste, et la fameuse dictée de "Sauver les lettres" est là pour le prouver, le niveau en orthographe était meilleur au milieu des années 80, date à laquelle la massification (entendez par là, tirer vers le bas) était déjà intervenue dans le second degré. Et l'orthographe n'était pas plus facile il y a vingt-cinq ans. Cela démontre bien qu'on a lâché la bride aux élèves sur ce plan là. On a notamment interdit de distinguer les notes de français selon qu'elles concernaient la rédaction, l'orthographe, la grammaire ou l'explication de textes. En place d'avoir une note sur le bulletin trimestriel comme aujourd'hui, on en avait quatre, ce qui obligeait à faire un effort dans toutes ces disciplines. On a aussi concocté des barèmes plutôt empathiques envers les allergiques à la dictée (prépariez-vous systématiquement vos dictées jusqu'à la classe du bac vous? Pas moi, je prenais une feuille et j'écrivais! mon travail n'était pas mâché au préalable: attention là, gros piège! avertit-on nos élèves.).

Et c'est là que j'en arrive à me demander si François de Closets vit bien en France en 2009. Il parle de gens montrés du doigt parce qu'ils ont une mauvaise orthographe, dans les entreprises ou ailleurs. Aujourd'hui, pourtant, il n'est pas rare que même de jeunes directeurs de ressources humaines ne soient pas non plus exemplaires sur ce plan là. Le "montré du doigt", le bouffon, de nos jours, c'est davantage celui qui fait attention à ne pas faire de faute et qui écrit des textos ou des courriels dans un français correct.
C'est grave je sais, mais c'est comme çà et parfois je suis mal à l'aise et j'ai envie de placer une petite faute ici et là histoire de ne pas trop dénaturer dans le paysage!
 
Même si François de Closets et "Le Point", qui semble avoir pris ce combat au sérieux, arrivaient à leurs fins et influençaient les décideurs pour aboutir à cette fameuse simplification, on n'aurait pas de meilleurs élèves pour autant. Ce qui fait défaut de nos jours, c'est le manque d'envie d'apprendre, on va au plus simple, on tire de plus en plus vers le bas. Quelle valeur accorder à nos diplômes principalement le bac quand on voit les chiffres de reçus toujours en hausse alors même que les élèves n'ont pas le temps de voir leur programme au complet brisé qu'il est (le programme) par les grèves à répétition, l'absentéisme des profs et celui des élèves?

 
Alors ne rêvons pas, nous n'aurons pas de meilleurs élèves en leur mâchant toujours plus les cours, en simplifiant à outrance. Par contre, nous aurons un français estropié. Nos jeunes ne connaissent plus leur langue: elle est mieux parlée, mieux orthographiée en Chine ou au Japon que sur notre propre sol. Car il se trouve de par le monde des personnes pour reconnaître la richesse, la diversité, l'intensité de la langue de Molière, celle de la France et des pays francophones. Et j'espère que, malgré la complexité de sa grammaire, son vocabulaire périlleux, peut être même grâce à celà qui fait son charme, notre langue continuera d'inspirer les écrivains, les poètes, les amateurs du parler vrai, de la phrase juste ou simplement vous et moi qui aimons et respectons cette langue.

 
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