11/09/2009

Le Tchad (2). Extrait de journal perso.

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C'est le pharmacien qui l'a envoyée me "rendre visite". Elle est arrivée, timide et apeurée, me demandant un peu d'argent pour manger. Son regard était brûlant de fièvre et pourtant elle était belle, son port de tête si fier! Son visage doré s'éclairait de grands yeux pourtant couleurs de nuit, légèrement écartés. Sa bouche en cœur semblait presque trop rouge, comme maquillée, pour une fillette de son âge. Ah oui son âge: 10 ans m'a-t-elle annoncé mais en paraissant à peine 8 malgré sa taille assez élancée comme souvent les filles tchadiennes. Elle marchait pieds nus bien sûr et flottait dans son pagne. C'est-ce qui m'a frappée d'abord chez elle: son extrême maigreur. Pourtant je commençais à être habituée à ces enfants affamés par cette guerre du pouvoir qui déchirait depuis si longtemps les 2 frères ennemis.

Elle se nommait Souad et j'adorais ce prénom si doux.
Elle ne parlait pas au début. Elle arrivait le matin dés après que je me sois installée à ma table, trié mon courrier et donné les premières instructions pour le programme de la journée. Je ne pouvais lui accorder que peu de temps, elle savait que je devrais vite me rendre dans les services ou sortir en quète des aides de l'Etat, des Ambassades... Toujours un papier qui manque, un protocole d'accord avec tel ministère incomplet...

Les premiers jours je lui ai donné cette pièce dont sa survie alimentaire semblait dépendre. Puis je lui ai posé quelques questions. Je lui ai acheté quelque beignet ou fruit... Je  pensais que c'était plus important de lui acheter de la nourriture, qu'au moins ainsi j'étais sûre qu'elle profiterait de ce que je donnais. Mais j'ai très vite compris que partir sans argent serait grave pour elle et sa famille. En fait j'ai appris plus tard que son père était mort à la guerre et ses 2 grands frères étaient engagés dans l'armée: des combattants! C'était de ce que ramenait cette petite fille que se nourrissaient ces « hommes » si utiles: 2 gamins de 18 et 14 ans. Et s'il restait quelque chose, sa mère et elle étaient nourries. Autant dire qu'elles mangeaient rarement.

Ainsi, nous avons instauré un petit rituel: un marchand ambulant passait le matin tôt et nous fournissait ce dont avait besoin l'enfant pour se nourrir: 2 brochettes de rate, un peu de mil ou de riz, une mangue, un petit beignet... C'était plus qu'elle n'avait jamais eu depuis qu'elle avait quitté le sein maternel. Elle restait là, se promenait, aidait de vieilles gens dans le dédale de l'hôpital, soutenait la mère épuisée à changer les langes de son enfant... elle se rendait utile. Puis vers midi, 13 heures, ma journée de travail finie, je lui donnais les quelque 50 F.CFA qu'elle ramènerait à la famille pour ne pas être battue par le frère aîné, très dur et fier de sa kalachnikov presque aussi lourde que lui.

Des mois se sont écoulés ainsi. Que pensait sa famille voyant cette gamine si frêle s'étoffer un peu, devenir de jour en jour plus forte? Elle prenait confiance, se racontait, répondait aux questions mais je n'ai jamais vraiment eu de curiosité envers elle, je préfèrais l'écouter. Elle parlait de ce qui la choquait, posait des questions sur la France, mes enfants, l'école, de la paix surtout: elle ignorait la paix. Elle adorait son pays, sa ville mais ne connaissait rien d'autre que ces trous de balles dans les murs, la peur parfois, quand les bombardements se faisaient plus intenses  mais elle était devenue très rieuse et adorait jouer avec les bébés du service pédiatrie.

Je ne sais pas ce qu'est devenue Souad, j'ai quitté le Tchad rapatriée en avion sanitaire, dans le coma. Lorsque j'y suis retournée, presque un an après pour de courtes vacances auprès de mon mari, personne n'a pu me donner de ses nouvelles. Le pharmacien qui la connaissait un peu avait changé de poste.

 
Elle reste là, dans mon cœur. Comment ne pas imaginer le pire dans ce pays où les filles sont si peu de choses?

 
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28/08/2009

Le Tchad: l'arrivée. Extrait de journal perso.

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La guerre était encore bien présente quand je suis arrivée à N'Djaména, au Tchad. La ville était défigurée: pas un immeuble, pas un mur qui ne soit criblé d'impacts de balles. Beaucoup m'ont dit plus tard que ceci ne représentait pas la réalité des combats, que ces rafales de mitrailleuses n'avaient pas été toutes dirigées sur des personnes mais souvent pour le plaisir de tirer: nombre de combattants avaient à peine 15 ans et la guerre était leur jeu et la ville son cadre.
 
Malgré cela je sais des familles meurtries par le deuil. Et d'ailleurs, un enfant dans la guerre, n'est-ce pas déjà une mort? Ceux-là ne connaissaient pas grand-chose d'autre de la vie que la perte d'un frère tombé et qu'on part remplacer, une mère qui pleure celui qui a laissé sa vie et celui qui part en arracher d'autres ou mourir à son tour.

 
Quand j'y suis allée pour la première fois, toutes les femmes européennes étaient parties avec leurs enfants. J'y suis restée 3 mois. J'ai pris des contacts sur place pour évaluer mes chances d'avoir autre chose à faire là que reprendre la vie mondaine que j'avais quittée au cameroun. Je voulais être utile dans un pays en guerre. Ne pas me mettre la tête dans le sable en recommençant à choisir des toilettes pour des réceptions. Bien sûr ce côté-là de ma vie de femme de cadre ne pourrait être occulté complètement mais trouver autre chose. Et en effet j'ai trouvé un poste à l'hôpital central qui était complètement détruit par les bombes reçues malgré sa grande croix rouge qui marquait la cour centrale.

 
C'est donc en 83 que je suis retournée dans ce pays: les tchadiens sont très attachants et puis les hommes comme les femmes ont cette dignité, cette élégance de comportement qui inspirent le respect. Nous nous sommes très vite appréciés.
  
Il y avait fort à faire pour remettre cet hôpital en route. J'ai commencé par visiter les lieux en compagnie du chirurgien chef. Les locaux se composaient de 4 bâtiments disposés autour d'une cour centrale qui fut un jardin dont ne subsistaient que les piliers des pergolas et un beau flamboyant qui mettait dans ce lieu noir de suie un peu de gaîté mais permettait aussi aux nombreux patients en consultation de bénéficier d'un semblant d'ombre.
 
C'est le secteur pédiatrie bien sûr qui m'a immensément touchée. Imaginez des chambres à 6 lits au sommier recouvert d'une couverture de l'armée et des bébés de quelques mois alignés dans le sens de la largeur, 4 à 6 par lit, le ventre gonflé, une perfusion dans le bras et le regard perdu, la morve, les mouches qui vrombissent autour... pas de toit, que des bâches tendues pour abriter de la pluie et, un peu, des vents de sable.
  
Ces enfants venaient parfois de très loin dans le sahel et souffraient de malnutrition comme leurs mères, hospitalisées souvent dans un autre service, les seins flasques vidés de toute substance nourricière. Ils étaient là soignés, reprenaient un peu de poids, leurs cheveux, blondis par le manque de nourriture, se teintaient de nouveau puis on manquait de places, leur mère, un peu remise elle aussi, voulait regagner le village et le cœur serré, nous les voyions repartir, sachant que, quelques mois plus tard, ils seraient de retour, le visage émacié de vieillard et dans un état pire que celui que nous avions connu la première fois.

 
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13/08/2009

Une si jeune femme! Extrait de journal perso.

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Dés l'abord, j'ai su qu'elle était dangereuse. Il faisait chaud et pourtant je n'y aurais pas même mouillé mes pieds. Les enfants l'ont senti aussi : ils se tenaient à distance sur la plage. Cette eau, trop calme au bord, propice aux crocodiles, puis plus loin ces tourbillons aux apparences si sages, ne semblait pas leur inspirer confiance.

 
Cependant nous avons passé une bonne journée. Nous nous tenions surtout à l'ombre d'un énorme tronc foudroyé aux racines dressées vers le ciel et des palétuviers qui étendaient mollement leur ancrage bien avant dans l'eau boueuse.

Nous avons enfilé puis dégusté les brochettes arrosées de petit rosé bien frais puis enchaîné sur la partie de pétanque et couru derrière un ballon dans un simulacre de foot dont nous ne connaissions pas tous les règles. On riait oui, beaucoup et la chaleur était là; un peu oppressante, rendant le geste lent et lourd, les idées floues tandis que des dizaines de piqûres de mouches et  moustiques venaient nous harceler sans cesse: des petits riens pour nous mais qui devaient peser à cette très jeune femme qui venait de débarquer en Afrique.

 
La dernière fois que je l'ai vue elle était au bord de l'eau, tenant par la main ses deux enfants. Chacun vaquait encore, trouvant du bois flotté, de jolis cailloux, sommeillant à l'ombre...

 
Puis un appel lointain déjà, les enfants seuls sur la rive et elle qui se débat dans l'eau loin dans les remous puis plus rien que le long cri, étouffé par le bruit du courant, du jeune mari affolé hurlant son nom, appelant au secours, entrant dans l'eau, les autres hommes qui le rattrapent, les cris, la peur... la terreur absolue, pure et folle, de chacun de nous, palpable dans le silence revenu devant l'horreur indicible.

Et puis la course aux voitures garées plus loin: trop loin! Vite, chercher des secours. Les pêcheurs du village partent en pirogue, les européens de la cité cadres embarquent sur le petit bateau de la société.

 
On l'a retrouvée deux jours après dans les remous des chutes. S'est-elle avancée dans l'eau pour se rafraîchir, pas assez avertie des dangers des lieux? A-t-elle été happée par un crocodile dont elle aurait interrompu la sieste? A-t-elle glissé et s'est-elle laissée emporter par le courant?

 
Son frère et son jeune mari se sont sentis coupables: elle ne savait pas nager. Ils ont quitté le Cameroun très vite, rapatriant le corps. Le veuf, les orphelins et ce frère, vieux briscard du pays qu'on ne revit pourtant jamais.

 
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04/08/2009

Visite aux chutes: Extrait de journal perso.

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Un grondement sourd m'accueillit et l'humidité palpable me saisît dès que je sortis de la voiture. Je pensais être tout prés de la rivière et pourtant le pisteur m'informa qu'une bonne demi-heure de marche difficile m'attendait.

 
Ce fut d'abord une large piste creusée d'ornières emplies d'une eau rougeâtre bruissante d'insectes. Puis nous bifurquâmes sur une trouée, à peine un sentier, qui s'enfonçait dans la galerie forestière. Trés vite il fit sombre sous cet enchevêtrement de lianes, de larges feuilles, d'énormes troncs; et froid aussi! une puissante odeur de putréfaction montait du sol, épais tapis de fougères emmêlées et de feuilles en décomposition.

Puis une éclaircie devant nous et enfin, sous un soleil brûlant à peine atténué par les embruns, un gigantesque grondement d'eau en furie, la Sanaga, écumante masse liquide, précipitée de ce qu'on appelait pompeusement des chutes et qui n'étaient en fait "que" des rapides, cahotant, arrachant, roulant des troncs, affolant dans sa course les beaux oiseaux bleutés pris dans ces gouttes projetées trés haut vers le ciel. Et enfin le repos relatif d'un large cours d'eau bordé d'arbres immenses aux verts changeants, aux racines entrelacées inextricablement, des lianes molles dérivant dans le courant.

 
Longeant la rive, un petit chemin improvisé par les pécheurs me conduisit à une vaste plage, vestige d'une ancienne carrière. Là, tout au bord, l'eau me parut limpide mais mon guide me prévint: un pas en avant et très vite le courant me saisirait. Quelques trous d'eau me semblant plus accueillants, je m'en approchai et un long serpent vert, furtif, se faufila sous les feuilles. J'ai appris depuis à me méfier de ces points d'eau habités de crocodiles.

Au loin, vers le bord opposé de la rivière, quelques énormes taches aubergines se hissaient parfois dans un mouvement d'écume: des hippopotames. En émergeant, ils ouvraient leur large gueule aux petites dents écartées dans un gros meuglement. Des capitaines, poissons gris très prisés pour leur fine chair proche de celle du saumon, effectuaient de grands sauts dans les vagues.

 
Instants paisibles volés au temps, à la chaleur, à l'espace. Les dangers de l'Afrique et sa sérénité, qui seraient bien vite part intime de ma vie.

 
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11/06/2009

Kribi 2. Extrait de mon journal perso.

Voici la suite du voyage à Kribi au Cameroun. Evidemment de nos jours, vous pourriez y trouver  plus d'hôtels confortables, de chambres d'hôtes... Mais je ne regrette pas d'avoir connu ce pays à cette époque précisément!

 
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La plage de Kribi...

 
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... et un plat de poisson-riz-plantain grillé.

 

A cette époque il n'existait pas d'hôtel convenable à Kribi. Ça a beaucoup changé depuis. Nous avions réservé dans l'établissement que des amis nous avaient conseillé, tenu par un couple d'allemands assez âgés.

Car il faut que j'explique que le Cameroun a longtemps été une colonie allemande puis à la fin de la seconde guerre, la France et l'Angleterre se sont partagées le pays. D'ailleurs et malgré la réunification, le pays reste partagé: autour du Mont Cameroun, la population est anglophone et le reste du pays est francophone. Nous sommes là dans la partie francophone.
 
Mais ce vieux couple était resté là malgré tout et faisait fonctionner cet hôtel dans les mêmes conditions sans doute, qu'il l'avait fait au temps de sa splendeur. Tout y était vétuste et sale, le personnel insuffisant et mal géré, bref: pas le rêve mais au moins nous avions 2 chambres. Le soir de notre arrivée, nous avons pris notre dîner à l'hôtel! Mal nous en a pris et la leçon a servi puisque dés le lendemain même le petit déjeuner était pris dans les paillotes du village où les africains nous accueillaient à bras ouverts!

Le matin tôt, quand la morsure du soleil n'était pas trop violente, nous nous baignions, nous laissant rouler par le ressac, la bouche craquante de sel et de sable blanc. Nos enfants jouaient au foot avec ceux du village, des chiffons roulés et attachés entr-eux constituant le ballon. Le football est LE sport national, encore maintenant au Cameroun et tous les gosses se voyaient plus tard faire partie de la fameuse équipe des Lions Indomptables. Je les ai vus jouer à Yaoundé et je vous affirme que c'est, encore aujourd'hui, une sacrée équipe.

Nous prenions des couleurs bien que bien protégés mais allez vous protéger vous, avec un soleil pareil!

Pour déjeuner le midi, nous commandions le matin un poisson, carpe, daurade ou capitaine, poisson à chair blanche délicieuse, parfumée, meilleure même que nos saumons et qui se fume aussi que nous dégusterions grillé!
De la côte nous admirions les pirogues des pécheurs passer la barre, exercice très dangereux que nous ne nous sommes jamais risqués à effectuer, et quel bonheur de les voir, debout sur leur embarcation fragile, d'un coup sec du bras, en économie de gestes, jeter élégamment leurs filets qui allaient nous le ramener ce merveilleux repas!

Pour nous faire patienter, la propriétaire du petit restaurant sur la plage nous servait en apéritif d'énormes plats de grosses crevettes cuites avec une préparation d'herbes parfumées dont l'odeur déjà nous faisait saliver.
 
Je vous raconte: Cameroun vient de Camaroes en portugais soit crevette en français. Quand les portugais sont arrivés à l'embouchure du Wouri, le fleuve que vous pouvez voir à Douala, une marée de crevettes leur bouchait la passe d'où le nom du pays.

Le café n'était pas délicieux: on ne trouve pas d'arabica au Cameroun, ne pousse sur les pentes du Mont Cameroun qu'un robusta vraiment robuste, mais quel bonheur, après la dégustation de quelques savoureuses mangues qui terminaient notre copieux repas, de le partager avec nos hôtes, installés dans ces chaises longues de bois et lianes tressées, au frais sous les arbres, les écoutant inlassablement nous raconter les histoires locales, s'assoupissant parfois dans la chaleur torride en attendant de retourner à la baignade et pourquoi pas, en promenade accompagnée dans la forêt toute proche.

La nuit tombe tôt en Afrique: à 18h, la « lumière » s'éteint, d'autant que la frontière entre le Cameroun et le Gabon (là précisément où nous étions) se trouve sur la ligne de l'équateur. Nous longions la plage vers les chutes de la Lobé, nous asseyant parfois auprès d'un pêcheur réparant ses filets, le chapeau pointu si caractéristique penché très bas sur les yeux dans le soleil rasant.

Nous finissions notre journée par un pique-nique sur la plage: quelques pierres, du petit bois, de grosses bûches constituaient notre barbecue et nous cuisions là des côtes de ce mouton si tendre (à poils pas à laine) que nous livrait le boucher du village. Le feu chassait les moustiques et nous étions là, silencieux, bercés par le ressac, les enfants courant après des bois flottés ou simplement somnolant à nos côtés.

Puis nous rentrions à l'hôtel, épuisés mais si heureux de reprendre nos habitudes le lendemain matin dés 6h au soleil levant!

 
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08/06/2009

Voyage à kribi: Extrait de mon journal perso.

J'ai eu envie de raconter ce voyage dans mon cahier de souvenirs mais je me rends compte que c'est trés long ce qui n'est pas génant pour mon usage personnel mais qui peut l'être pour mes lecteurs ici! Je poste donc juste l'intro tout en me disant que je pourrai éventuellement en dire plus ultérieurement:)

 
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A Kribi, quand le ciel est plombé, l'océan semble gris. Alors les chutes de la Lobé, bouillonnantes d'écume, sont en parfaite harmonie avec le paysage.

 

 Nous sommes partis tôt! Nous avons bien sûr pris la voiture de fonction pour nous rendre à Yaoundé puis le chauffeur est reparti, rendez-vous étant pris pour le dimanche soir. Une grande semaine de vacances!

Nous avions loué une Range Rover climatisée que le loueur devait nous remettre à 9h le matin. Sur les coups de 10h, l'attente se prolongeant pour cause de  "révision" du véhicule, nous allons prendre un second petit déjeuner au Cintra, LE bar à fréquenter à l'époque dans la Capitale:) !

Vers 10h30 enfin, le mécanicien vient nous annoncer la bonne nouvelle, la voiture est prête, le plein fait, nous pouvons y aller! Un petit problème cependant: plus de Range Rover mais une Fiat dont j'ai oublié le modèle peu importe, un peu cabossée, du plus beau bleu roi! Nous sommes 5, dont une amie venue de France pour nous visiter. Mais le loueur nous fait remarquer que "la voiture est très confortable, large, à l'aise pour 5"! Mais, ajoute-t-il, elle n'est pas climatisée. La voiture qui nous était promise est tombée en panne la veille. Et en effet, il a là une Range Rover avec une aile arrachée récemment.

Nous ne nous laisserons pas démonter pour si peu n'est-ce pas? On s'entasse donc dans la voiture, nous et nos bagages et croyez moi çà fait beaucoup! Et vogue la galère!

Il faut que je précise en plus que je sortais de l'hôpital après une opération assez délicate, que je n'avais absolument pas l'autorisation du chirurgien d'entreprendre un tel voyage mais enfin, je ne lui ai pas demandé son feu vert non plus! Le médecin de la sucrerie m'a bien déclaré que j'étais complètement maboule et inconsciente mais j'ai pris çà pour un assentiment et pourvue de cette bénédiction médicale j'ai mis les voiles.

Nous avions prévu de nous restaurer à Edéa. Nous y sommes arrivés à 14h et nous avions englouti les quelques friandises destinées à nous faire patienter. Aussi, quand on nous a fichus à la porte du restaurant où nous avions retenu une table pour 12h30, nous avons apprécié l'hospitalité du "Chibani" dont l'épouse nous a servi un énorme plat de poisson cuisiné à l'huile de palme (je déteste mais là!...) accompagné d'un riz délicieusement parfumé!

Et puis la piste! Régulièrement, je descendais de voiture sous une chaleur accablante, je me plaçais à l'avant et je faisais manœuvrer mon mari pour éviter les ornières. Imaginez: à chaque descente, la route constituait un lit de rivière à sec avec des trous genre pièges à lions, des pavés qui roulaient au moindre pas alors pensez sous les roues de la voiture! Donc je regardais bien, je dirigeais le capot sur un point puis je criais vas-y et hop! La voiture descendait en trombe et j'étai récupérée en bas pour un épisode de calme. Et personne! Sauf aux moments ou nous enjambions les ponts sur rivière où là, dans le courant, des africains se baignaient, nus, sur les rochers et nous insultaient copieusement:)!

Nous pensions être perdus quand nous avons vu sortir de la forêt très dense un tout petit homme coiffé d'un grand chapeau de paille et d'un pagne. Je suis descendue une fois de plus de voiture et je me suis dirigée vers lui qui a pris la fuite dans un premier temps. Je me suis accroupie au milieu de la piste et j'ai attendu. Et il est venu vers moi: un pygmée, le seul que j'aie jamais vu. Ils vivent là, dans cette forêt très dense interrompue seulement par l'océan qui s'étend entre le Cameroun et le Gabon. Et apparemment lui-même n'avait jamais vu une personne blanche! Allez donc vous faire comprendre! Eh oui! Par gestes, par mimes et que sais-je, il comprit que nous allions vers la mer, à Kribi!  "Là, olà" m'a-t-il expliqué en m'indiquant la piste qui se perdait très loin encore dans la forêt!

Soudain, sans que rien ne le laisse prévoir, le rideau d'arbres s'écarte et l'océan apparaît avec ses plages blondes à perte de vue où le ressac est doux! Il était 18h, à la nuit qui tombait sur ce joli village, Kribi!

Nous étions couverts de poussière, les cheveux comme de l'étoupe, nous envisagions la douche mais les enfants, qui avaient dormi durant presque toute la durée du voyage ou beaucoup ri nous ont entraînés vers la mer! J'appréhendais je dois être sincère! Mais quand j'ai laissé enfin une vague venir lécher mes pieds, l'eau tiède, idéalement douce à ma fatigue, m'a emportée et enfin, entourée, roulée, bercée, je me suis baignée!

 
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02/06/2009

L'Afrique2: Extrait de mon journal perso.

Une pensée pour les victimes -et leurs familles- qui ont péri dans le crach de l'avion Air France Rio de Janeiro-Paris hier!

 

Vous remarquerez, pour peu que vous suiviez un peu, que les évènements que je publie dans cette rubrique n'apparaissent pas dans l'ordre chronologique. C'est voulu hein, je mets les choses suivant mon humeur et mon envie et puis, j'aime bien que vous vous perdiez un peu dans les méandres de mon passé, je le fais bien moi:)!

 
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Sur la route de M'Bandjock: un troupeau de zébus en route vers la capitale... et l'abattoir!


Le soleil se levait, rapide, quand je posai le pied sur la coupée de l'avion, mon petit garçon de 14 mois cramponné à ma jambe, vêtu d'un ensemble en polyester comme on en faisait en cette fin des années 60, craquant d'électricité statique.
Je fus submergée par ces odeurs que je n'allais, où que je sois, plus jamais oublier: épices, sueur musquée, poussière, terre surchauffée... toutes ces senteurs si inhabituelles pour un nez de jeune femme européenne.
Je débarquais pour la première fois en Afrique, Douala, Cameroun, et je n'étais qu'au début du voyage. C'était un 2 février, j'avais 24 ans et j'attendais mon deuxième enfant pour le mois d'août.
 
Je n'avais jamais quitté Marseille, je me retrouvais au bout du monde et pourtant, malgré la chaleur humide, presque insoutenable dans la salle d'embarquement où j'attendais mon vol pour Yaoundé, la capitale, j'étais chez moi.
J'avais passé une nuit blanche à essayer de calmer les pleurs de mon petit garçon, j'étais épuisée par les 6 heures de vol, j'avais devant moi 4 heures d'attente pour prendre ma correspondance, mais j'étais chez moi.

 
Après une heure de vol chaotique dans un zinc rafistolé, le survol de cette ville que j'allais apprendre à adorer: Yaoundé; et l'arrivée, les retrouvailles avec un mari volage (mais je l'ignorais encore) l'approvisionnement dans des magasins qui n'étaient encore en ce temps-là que des entrepôts, puis la piste de tôle ondulée, aux ponts sans garde-fous, aux zébus indociles aux coups de chicottes de leur bergers, le chauffeur tue-la-mort, les accotements improbables au moment des croisements, la brousse, les rôniers puis enfin, M'Bandjock village, la sucrerie puis la cité Cadres!

 
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16/05/2009

L'Afrique: Extrait de mon journal perso.

 

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La Sanaga au Cameroun: les Chutes de Nachtigal.

Quand vous rêvez de votre lieu de vie en Afrique, vous n'imaginez certes pas votre arrivée dans une cité exclusivement habitée par des blancs en représentation permanente, passant de réception en réception avec aux menus des produits bien de chez nous, vous qui justement aspiriez à découvrir la cuisine et les coutumes locales. Ici point de tout çà: la bienséance est reine, on apprend vite à placer à table les personnes dans le respect de leur rang social, à faire des listes de qui aime qui, qui a été reçu avec qui, le menu proposé, la toilette portée, toutes ces futilités qui agaçent forcément! Enfin, à moi, en tous cas c'était pénible, j'étais une très jeune femme!

Et les conversations qui tournent autour des problèmes de domesticité ou de l'actualité: vous avez tout intérêt à vous abonner aux bons magazines! Quant aux jeux divers: je n'avais jamais tenu une raquette de tennis de ma vie vous pensez bien! je pouvais faire mon petit effet au volley en souvenir de la plage des Catalans à Marseille mais enceinte, ce n'était pas recommandé; la piscine oui, mais c'était à qui vous regarderait sous le nez en observant vos moindres petits défauts. Bon, de ce côté-là j'étais d'autant plus tranquille que j'étais la plus jeune de "ces dames" et enceinte de surcroît: on me fichait une paix royale! les jeux de société: le bridge, je m'y suis montrée totalement hermétique, je ne jouais bien qu'en faisant le mort, les échecs n'étaient pas mon dada si je puis dire mais alors, Ah! le scrabble! Je me suis bien vite imposée comme redoutable partenaire et du coup j'ai été appréciée en soirées du jeudi, je pouvais enfin être casée à une table de jeu!

Et puis je dansais fort bien aussi et çà, quand vous êtes invitée à des réceptions au moins une fois par mois (quand ce n'est pas à votre tour de recevoir), quel atout dans la vie n'est-ce pas?!
 

Je ne m'ennuyais ni n'aimais, j'étais en attente de la venue de mon second bébé et occupée à cajoler et choyer le petit Fred que j'allais devoir quitter pour accoucher en France puisqu'à l'époque le dispensaire n'était pas équipé pour pratiquer des naîssances: quelle idiotie alors que des femmes africaines y venaient mettre au monde leur enfant quotidiennement! mais je n'ai jamais pris contact sur le plan professionnel avec la "toubiba", une femme médecin européenne envoyée à grand frais par la multinationale qui employait mon mari et qui était chargée de la gestion du dispensaire, essentiellement de la santé des cadres européens. De sorte que, quand je suis rentrée en France pour l'accouchement je n'avais jamais consulté et je m'en portais fort bien.

Je m'occupais beaucoup de la déco de notre case aussi!
 

Tiens, il faut que je parle un peu de cette cité-cadres: Imaginez, un grands rectangle plat, découpé en parcelles de dimensions égales bordées de haies d'hibiscus et plantées de gazon venu de France. Les cases toutes identiques si ce n'est par la taille -une chambre de plus pour les familles nombreuses-, équipées de climatiseurs bruyants, couvertes de tôle ondulée qui, la saison des pluies venue, empêchait toute conversation sous le staccato des gouttes . Les pièces étaient si grandes et si chichement meublées (l'essentiel était fourni par la société puis ensuite, à vous de vous débrouiller) que vous aviez le sentiment de vous retrouver dans un hall de gare. Et quel goût dans le choix du mobilier: ces fauteuils en cannage resteront pour moi à jamais attachés à l'Afrique, il y en a partout là-bas, ceux qui y sont allés doivent forcément connaître; avec des tables basses aux pieds si haut et si maigres qu'elles paraissaient des pattes de hérons! Quelles monstruosités mais on me disait que c'était dans le style local et que de toute façon personne ne savait faire autre chose: j'ai pu constater plus tard l'idiotie de telles affirmations.
 

Mon premier travail fut d'améliorer le confort de notre salle d'eau. Il s'agissait en fait d'un bac de douche, avec une bassine posée à côté, un seau pendait au dessus équipé d'une chaîne. Les « boys » veillaient à ce que nous disposions toujours d'eau tant dans le seau que dans la bassine. Nous nous savonnions dans la bassine puis nous tirions la chaîne, nous dévidant sur le corps l'eau glacée contenue dans le seau:)! le bonheur!

J'ai donc acheté un énorme cumulus pour nous fournir de l'eau chaude et les plombiers de l'usine nous ont installé la robinetterie. Ouf! Çà quand même çà change la vie agréablement: c'est le progrès!
 

Quant au salon/salle à manger, sa taille était prévue pour recevoir environ une soixantaine de personnes pour une réception debout et une trentaine à table: imaginez donc un peu l'espace.
J'ai fait de nombreux voyages sur Yaoundé pour m'équiper de tissus divers pour la confection de rideaux que j'ai fait confectionner, ô crime suprême, par une couturière du village malgré les conseils avisés de mes consoeurs de la cité. Et ma foi, le résultat fut excellent! Puis je me suis attaquée au décor proprement dit: peintures, mobilier plus conséquent, tableaux et éléments divers, une belle bibliothèque que j'ai pu marchander au marché pour une bouchée de pain mais qui pourtant, une fois décapée et repeinte apporta une touche de gaieté dans mon petit univers.
 

Les chambres des enfants ont accaparé beaucoup de mon temps mais le résultat allait au delà de mes espérances: le mobilier (les enfants en très bas âge ne faisaient pas partie des plans d'aménagement courant) fut exécuté sur mes propres plans par les menuisiers de la société et celui du village qui mit tout son talent dans la fabrication du berceau à balancelle du nouveau-né et du lit à barreaux de mon petit Fred.

Puisque le sexe de l'enfant ne serait pas connu avant la naîssance mais que je voulais absolument voir le résultat avant mon départ en France, la chambre fut peinte dans un jaune tendre avec une petite frise dont j'exécutai le pochoir représentant des oies à la mare. Fred s'épanouissait dans sa jolie pièce verte aux éléphants à la queue leu leu:)! Beaucoup de critiques avaient accueillies mes choix: sortir du rose et du bleu, quel mauvais goût n'est ce pas? Mais quand la dernière touche: les rideaux frais amidonnés, furent posés, j'eus quand même droit à beaucoup de compliments allons!
 

Et le temps passa très vite qui me ramènerait en France pour donner la vie à ma petite fille, Céline!


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